Les déchets urbains peuvent-ils limiter la dégradation des terres au Niger ? Un défi, unique en son genre, pensé par un chercheur japonais [1ère Partie]

Le Niger appartient à la région du Sahel et environ 80% de ses terres sont recouvertes par le désert du Sahara. Près de Niamey, capitale du Niger, un chercheur japonais a dispersé plus de 2 000 tonnes de déchets urbains, notamment des déchets alimentaires, des papiers, des sacs en plastique, des tongs et autres divers déchets ménagers sur cette terre aride. Pourquoi ce chercheur a-t-il fait une telle chose ?

Dr. Oyama avec des Nigérians

Le Dr. Shuichi OYAMA, professeur agrégé du Centre d’études africaines de l’Université de Kyoto, a eu l’idée de réduire la dégradation des terres en utilisant des déchets urbains, après de nombreuses années consacrées à la recherche au Niger.
Le projet pilote visant à prouver l’effet des déchets urbains sur la récupération des terres dégradées a débuté en 2015.

 

Les changements apparus sur les sites d’étude après six ans de dispersion de déchets

Photo 1. Amas de déchets urbains sur les terres dégradées (24 février 2012)
Photo 2. Croissance des plantes de la première saison des pluies (6 septembre 2012) Photo 3. Croissance des plantes de la sixième saison des pluies (24 septembre 2017)

La photo 1 montre des personnes qui nivellent les déchets qui ont été apportés de la ville et qui les recouvrent de sable pour éviter que les déchets ne soient emportés par le vent. Les photos 2 et 3 montrent des prairies qui servent à nourrir le bétail. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les photos 2 et 3 ont toutes les deux été prises exactement au même endroit que la photo 1, après 6 années de dispersion des déchets à cet endroit.
Le Dr Oyama a mené à plusieurs reprises des expériences sur les terres dégradées depuis 2003 et a lancé le « Projet Récupération des terres en utilisant des déchets organiques urbains et Bétail de la région du Sahel en Afrique de l’Ouest » avec le soutien du Fonds environnemental Mitsui & Co. à partir de 2015.

 

Le film ci-dessus montre également les changements intervenus sur le site du projet entre 2012 et 2017.

Après 2 ans et demi, 34 parcelles équivalent à 10,03 hectares ont été aménagées. La quantité de déchets transportés vers ces parcelles était supérieure à 2 300 tonnes de déchets. Même si cela semble représenter une très grande quantité de déchets, étant donné que les déchets éliminés par la ville de Niamey sont d’environ 1 000 tonnes par jour, cela ne représente que 2 jours de déchets produits par la ville.

Ville de Niamey, capitale du Niger

Etant donné que cette méthode de revégétalisation utilise des déchets urbains, les gens s’inquiètent souvent des effets négatifs sur l’environnement avec des questions telles que « Est-ce qu’il n’y a pas d’émanation de substances toxiques ? » ou encore « Les sacs plastiques et les tongs sont-ils décomposés ? ».
Pour répondre à ces questions, le Dr. Oyama a analysé la composition chimique des déchets urbains et a effectué une comparaison des résultats avec les normes de qualité environnementale établies par l’Union européenne.

Il a découvert que les déchets de la ferme, peu après leur déversement, ne contenaient pas de métaux lourds ni autres substances nocives. Au lieu de cela, les résultats ont révélé un pourcentage important de nutriments qui aident les plantes à pousser. Les déchets plastiques et les déchets métalliques fournissent des abris pour les termites par la création d’une agrégation du sol appropriée pour les plantes.
(※Toutefois, les déchets qui ont été laissés sur une longue période sur le bord de la route ou dans les caniveaux contiennent des substances toxiques qu’il convient d’éviter).

Le Dr Oyama a également mené une expérience pour comprendre le mécanisme de décomposition des déchets sur des terres arides dont les résultats seront présentés dans la partie suivante.
Sur la base de plusieurs expériences menées depuis 2003, le Dr Oyama a pu prouver qu’en répandant des déchets sur une épaisseur de 10 millimètres, les herbes et les arbres grandissaient naturellement sur les terres arides pendant la saison des pluies. Selon lui, il serait également possible de créer des forêts en protégeant la végétation restaurée du bétail et des activités humaines.

 

Les défis auxquels le Niger est confronté

1. Conflit entre les agriculteurs et les éleveurs

 Haoussa, agriculteurs 1  Haoussa, agriculteurs 2
Peuls et Touaregs, éleveurs 1 Peuls et Touaregs, éleveurs 2

Au Niger, la rapide et récente croissance démographique a entraîné une expansion des terres agricoles, une surexploitation des pâturages, un raccourcissement des périodes de jachère, ainsi que des conflits entre les habitants portant sur des ressources naturelles limitées.
Dans la zone du projet, les populations de trois groupes ethnique, les Haoussas, les Peuls et les Touaregs, partagent la même zone de vie. Les Haoussas vivent principalement de la culture du mil et du niébé, tandis que les éleveurs peuls et touaregs dépendent des activités pastorales pour le pâturage de bovins, de chèvres, de chameaux et de moutons. Lorsque viennent la saison sèche et la saison des récoltes, le bétail des pasteurs pénètre dans les terres cultivées des Haoussas et mange les graines semées avant la fin des récoltes. Cela crée des tensions parmi les agriculteurs et les éleveurs qui dégénèrent parfois en conflit armé entraînant des blessures et des pertes en vies humaines.

2. Problème sanitaire causé par l’absence d’un système public d’élimination des déchets

Comme dans de nombreuses villes des pays en développement, la gestion des déchets est l’un des problèmes majeurs à Niamey. La population vit encombrée par les tas de déchets éparpillés dans les rues et les lieux publics en raison de l’absence de système public d’élimination des déchets. Ceci accélère l’insalubrité et les maladies infectieuses telles que le choléra et la typhoïde qui apparaissent à Niamey en particulier pendant la saison des pluies.
Afin d’améliorer cette situation, le gouvernement du Niger a récemment lancé un projet visant à éliminer les déchets plastiques dans tout le pays. Nous espérons que la situation s’améliorera pour les habitants de Niamey.

 

L’objectif final du projet

Le projet mis en œuvre par le Dr Oyama a les quatre objectifs suivants : (1) améliorer l’état sanitaire en collectant les déchets et en nettoyant la ville, (2) promouvoir la réhabilitation des terres arides avec des déchets organiques, (3) améliorer la productivité des activités agricoles et des pâturages du bétail par la réhabilitation des terres, et (4) restaurer les relations entre les agriculteurs et les éleveurs et contribuer à la prévention des conflits.
Bien que l’approche du Dr Oyama soit vraiment unique, ce projet a la possibilité de résoudre différents défis présents au Niger.

Le mécanisme de décomposition et une règle importante relative aux déchets humains pour créer un environnement utile à la fois pour les humains et le bétail seront présentés lors de la prochaine mise à jour.