[MADAGASCAR-JICA] Stopper la dégradation des terres tout en améliorant les moyens de subsistance des communautés locales grâce à l’approche de l’égalité des chances pour toutes et tous

#Approche participative #Egalité des chances

 

 

Takuya Shiraishi

Equipe de soutien du secrétariat de l’AI-CD/Oriental Consultants Global Co., Ltd.

 

POINTS CLES
  • Afin d’harmoniser la conservation des sols et l’amélioration des moyens de subsistance des communautés locales, le gouvernement de Madagascar et la JICA ont développé le « Modèle LIFE », qui adopte l’approche de l’égalité des chances pour toutes et tous précédant le « Leaving No One Behind », (en français, « ne laisser personne pour compte ») garantie dans l’Agenda 2030 et ses Objectifs de développement durable (ODD).
  • Le Modèle LIFE, caractérisé par une efficacité élevée par rapport aux coûts, est une méthode de diffusion systématisée par la coopération japonaise au Sénégal et qui a ensuite été adaptée à Madagascar.
  • Les réalisations majeures utilisant le Modèle LIFE : plantation de 2,38 millions d’arbres et encouragement au leadership et à l’initiative des communautés locales.

Comment la dégradation des terres favorise la pauvreté dans les Hautes Terres du Centre de Madagascar?

      Madagascar compte plus de 250 000 espèces d’animaux sauvages et de plantes, et environ 80% d’entre elles sont endémiques. Alors que les arbres forestiers disparaissent, peut-on imaginer ce qui arriverait à la riche biodiversité de ce pays si cette situation perdurait ? La principale cause de la déforestation à Madagascar repose sur la pression croissante qui s’exerce sur les forêts et qui résulte de la croissance de la demande en terre, elle-même due entre autres à la croissance rapide de la population humaine, la conversion des terres forestières en terres agricoles, l’agriculture sur brûlis et la collecte du bois de feu. La dégradation des terres causée par la disparition des forêts est particulièrement visible dans les Hautes Terres centrales, là où les collines dénudées sont très répandues et où les ravins du nom de « lavaka » (mot malgache pour « trou ») sont des lieux connus.
En général, les populations vivant dans les zones en amont sont pauvres. Voire même, les populations s’appauvrissent avec leurs pratiques agricoles, notamment la riziculture, car elles se trouvent entravées dans leurs activités par la formation de lavakas. La formation de lavakas provoque le ruissellement des sédiments des collines effondrées qui se jette dans les terres agricoles, les sources d’eau, les cours d’eau d’irrigation et les routes. En outre, une grande quantité de sédiments transportés par les rivières et les cours d’eau, se répandent dans les rizières en aval. Cette situation montre comment la conservation des sols et la vie des gens sont étroitement liées.

Comment pouvons-nous gérer une situation aussi difficile que celle citée précédemment ? ~Modèle LIFE pour l’égalité des chances pour toutes et tous~

      Une des solutions a été la mise en œuvre par le gouvernement de Madagascar et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) de PRODAIRE, ou PROjet de Développement de l’Approche Intégrée pour promouvoir la Restauration Environnementale et le Développement Rural, de 2012 à 2018, dans deux régions situées dans les Hautes Terres centrales : Alaotra Mangoro et Bongolava. Ce projet visait à développer un modèle participatif pour promouvoir la conservation des sols et l’amélioration des moyens de subsistance.

       Le modèle développé par PRODAIRE a été nommé Modèle LIFE, ou “Lahasa, Ifandrombonana ho Fampandrosoana ny ambanivohitra sy Entimiaro ny tontoloiainana” en malgache (en français, Actions participatives de toute la communauté pour le développement rural et la sensibilisation à la protection de l’environnement). Le Modèle LIFE adopte une approche de développement rural communautaire appelée PRRIE, ou Participatory Rural Development and Resource Management by Integrated Training for Equal Opportunity (ou en français, Développement rural participatif et gestion des ressources par une formation intégrée pour l’égalité des chances), qui a été développée par Naoto NODA de Hitonomori Co., Ltd. et qui a été appliquée à deux Projets de la JICA au Sénégal et au Malawi. PRRIE développe les compétences de base de la population en organisant une série de formations dans une première étape. Puis, dans une seconde étape, PRRIE cherche une aide supplémentaire si les gens manifestent des réactions positives après avoir participé aux formations. Les formations entrant dans le cadre du Modèle LIFE sont organisées sur la base des cinq principes simples suivants, afin d’assurer l’égalité des chances pour toutes et tous, tout en assurant une efficacité élevée par rapport aux coûts.

  1. Organiser des formations là où les personnes concernées vivent
  2. Utiliser les ressources disponibles au niveau local
  3. Répondre d’abord aux besoins locaux
  4. Ne pas sélectionner les participants
  5. Cibler la majorité des gens

      “La plupart des projets d’aide antérieurs ont consisté à donner de l’argent aux villageois pour qu’ils plantent des arbres dans des zones déjà délimitées”, explique la conseillère en chef de PRODAIRE, Mme Hiroko MIURA de IC Net Ltd. “Cette méthode ruine l’initiative précieuse des villageois et ne contribue pas à comprendre les problèmes de manière appropriée. En outre, la formation de seulement quelques personnes sur les techniques de reboisement (plantation d’arbres) n’a pas entraîné la vulgarisation de la technique sur une zone étendue. C’est pourquoi nous avons décidé de diffuser des techniques grâce à des ‘formations ouvertes à tout le monde’ afin que les villageois puissent continuer le reboisement et d’autres techniques aux endroits où ils doivent travailler” a souligné la conseillère en chef. L’approche “Egalité des chances pour tout le monde” présente une grande similitude avec le concept « ne laisser personne pour compte » engagé dans l’Agenda 2030 et ses Objectifs de développement durable, et l’approche peut être la clé pour mettre en œuvre une société inclusive pour un développement durable, en particulier dans les zones rurales. 

Les formateurs locaux sont vos voisins de village

      Qui est responsable de l’organisation des formations et qui joue le rôle de formateur ? Les formateurs peuvent être vos voisins de village, et non des fonctionnaires basés dans la capitale ou dans des centres régionaux éloignés de vos maisons. Plus de 800 formateurs locaux ont été sélectionnés parmi les villageois. Le renforcement des capacités des formateurs locaux a été principalement assuré par d’autres villageois ayant déjà acquis un savoir-faire technique en participant par exemple à d’autres projets. “Contrairement à des projets d’aide antérieurs, tout le monde peut acquérir de manière égale des compétences et peut aider des personnes en difficulté. Nous en sommes très heureux” s’est réjoui un villageois. Un autre villageois, qui était sans terre et vulnérable socialement, a gagné la confiance des autres villageois en se dévouant pour dispenser des formations à tous ses voisins. Finalement, il a été élu par ces derniers comme membre du conseil du village ! C’est en tirant le meilleur parti des ressources humaines locales pour la communication et le renforcement des capacités que le modèle LIFE implique tous les villageois.

Participation des villageois aux formations et réalisations

       Grâce aux efforts des 800 formateurs locaux, plus de 8 500 formations ont été organisées sur une période de 5 ans. Ces formations se sont concentrées sur le reboisement sur les pentes dégradées, le contrôle des dégâts provoquant les lavakas, la fabrication de foyers améliorés (foyers de cuisson à économie d’énergie), la culture des litchis et l’aquaculture et ont bénéficié à environ 143 000 participants dont 46% de femmes.

  Après avoir participé à des formations, les villageois ont planté 2,38 millions d’arbres, traité 100 lavakas, fabriqué 21 000 foyers améliorés, produit 23 000 plants de litchis, et élevé plus de 122 000 alevins de carpe.

      Regardez l’incroyable rapport coût-efficacité. Le coût total par arbre planté par les ménages ayant participé aux formations est d’environ 0,15 USD seulement ! Ce coût comprend le coût des formations, y compris les frais pour les 800 formateurs locaux, la surveillance et les salaires des managers qui ont supervisé les formateurs locaux.

      L’expert en conservation des sols, en foresterie et dans la gestion des formations de PRODAIRE, M. Takuya SHIRAISHI de Oriental Consultants Global Co., Ltd., rapporte que : “De nombreux villageois pensaient que les techniques telles que la stabilisation des lavakas ou la production de jeunes plants étaient impraticables ou trop difficiles à apprendre. Cependant après avoir participé aux formations de PRODAIRE, les villageois ont réalisé que ces techniques étaient beaucoup plus faciles et simples qu’ils ne le pensaient, et qu’ils pouvaient réellement les apprendre et les mettre en pratique. Ceci prouve bien que ce ne sont pas seulement des réalisations quantitatives, mais que le changement qualitatif dans la reconnaissance des problèmes par les villageois est d’une grande importance.

Le Modèle LIFE est adopté par d’autres bailleurs de fonds, d’ONG et par une société privée

      Diffusez des techniques simples que la plupart des villageois peuvent employer en utilisant au mieux les ressources humaines et matérielles locales et en organisant des formations pour tous les villageois. Soutenez ensuite les pratiques des villageois en leur fournissant une aide supplémentaire si la demande se fait sentir. Ce modèle LIFE est actuellement en cours d’adoption dans divers projets à Madagascar et mis en œuvre par différents bailleurs de fonds et ONG. Une entreprise privée a également adopté ce modèle pour ses initiatives communautaires.

(1) Manuels
[FR] Manuel d’Utilisateur du Modèle «LIFE»
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(2) Autres médias